La Mue – La vie est ailleurs

textes publiés dans la revue multiprise n°29 de juin 2014

@Charlotte Massip
@Charlotte Massip

Ça a commencé par une forêt. Touffue. Noire.
Puis, une falaise. Me jeter dans le vide.
Pierre qui tombe, en elle la promesse d’une plume triomphante.
Mais comme un reflux le vertige vient me nouer. Souvent, de plus en plus souvent.
Alors je le décide : je ne veux plus être cette femme. C’est gris. C’est épuisant. C’est chiant.
Je quitte cette peau. J’en revêts une autre.
Ou plutôt : j’arrache de cette peau, morceau par morceau, des lambeaux.
Et dessous apparaît enfin ma peau. MA peau.
Mais. L’ancienne peau gueule. Hurle. Au carnage. Le sang coule. La chair remue. Des boules se nouent. Elle ne veut pas n’être que costume, ridicule déguisement jeté de côté pour laisser la nature exulter. Non. Elle gueule. Tu rêves. Ce n’est pas ça la vie. Ecoute moi, je suis Toi, tu me connais, tu me maîtrises, avec moi tu réussis, tes pas trouveront seuls la route. Avec moi, les balises sont posées, inscrites au fer au plus profond de toi.
Oui mais.
Vieille peau.
Le voyage a commencé.
Tu es déjà en lambeaux. Amputée de certains morceaux. Alors. Je te connais. Je t’aime. J’ai pitié de toi. Je suis fière de toi. Les coutures de ma nouvelle peau seront de toi. Tu m’accompagnes depuis tant de temps.
Mais. Je dois continuer à marcher. Aller plus loin. Au bout ? Il n’y a pas de bout, juste une route qui part loin, vers une terre inconnue. Une route qui parfois devient forêt. Une route qui laisse entrevoir des trous.
Descendre dans le trou pour remonter ensuite. Retrouver une route plus fleurie. Avec des oiseaux qui chantent. Le trou peut être profond. Les arbres denses.
N’aies pas peur. Traverse, ne fais pas de détour. Un peu de courage ! Ta nouvelle peau se raffermira, s’approfondira, creusera ses racines dans ta chair. Colorée, sensuelle, intuitive, sauvage. Forte parce que fragile. Forte parce que femme. Forte parce que dépendante. Forte parce qu’indépendante.
Oui. Il est douloureux de quitter cette peau. Oui tu es terrorisée. Tu en as le droit.
Aime cette terreur, aime cette peur. C’est déjà ta nouvelle peau qui parle.
Et souviens-toi, toujours : rien ne vaut un tel voyage.

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